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Fombrun AKA Don Lopez  


LES CANCERS DE LA SOCIÉTE HAITIENNE:

Au cours des années 90, j'ai côtoyé pas mal d'étrangers qui travaillaient en Haïti dans le cadre du rétablissement de l'ordre constitutionnel dans le pays.Ces étrangers, en majeur partie blancs, ne cessaient de vanter la beauté des femmes haïtiennes.Pour eux, jamais ils n'avaient touché à des peaux aussi douces et belles.Ces femmes aux yeux noirs et aux lèvres charnues étaient ensorcelantes, me disaient-ils, et leurs courbes de femme bien galbées leur inspiraient l'amour.A les entendre, les femmes haïtiennes étaient tout simplement canons et sensuelles.

Un jour nous avons décidé de nous rencontrer dans un restaurant à Pétion Ville pour diner, et là j'ai eu la chance de faire la connaissance de quelques unes de ces déesses qui avaient tant impressionné mes amis étrangers. Mon Dieu, ce que j'ai été déçue ! Je n'arrivais pas à en croire mes yeux. Elles étaient toutes des zonzons.Zonzon est une épithète Créole donnée aux filles (et non aux hommes) considérées comme laides, aux gouts vestimentaires peu recherchés, et dont les manières ne correspondent pas aux critères de la mentalité bourgeoise haïtienne. Les termes 'kokorat' et 'grizon' sont aussi des synonymes du mot zonzon mais mettent beaucoup plus l'accent sur la chevelure et laissent croire que les femmes aux cheveux courts ou tressés sont laides.

Sans être revenue de ma stupéfaction, nous nous sommes assis à une table au fond du restaurant et avons dicté au serveur nos commandes.L'atmosphère entre les filles et moi était très tendue et je me sentais très mal à l'aise en leur compagnie. Elles ne parlaient ni français, ni anglais et nous n'avions rien en commun. Le comble, leurs manières à table laissaient à désirer. Dans quoi me suis-je fourrée, me demandai-je.Pourtant, mes amis étrangers paraissaient tout à fait à leur aise. Ils ont passé toute la soirée à parler tant bien que mal un dialecte franco-créole ou anglo-créole et moi j'essayais de garder le sourire et de jouer à la fille polie.

De retour chez moi, je ne cessais de penser à mes amis étrangers. A leurs yeux, ces femmes étaient des déesses mais pour moi elles n'étaient que des zonzons avec qui je ne voulais avoir aucune relation, voire les inclure au nombre de mes connaissances.Mais pourquoi cette énorme différence entre ces étrangers et moi?Pourquoi ce sentiment de gêne en compagnie de ces filles? Pourtant nous étions à peu près du même âge ... Tant de questions qui me cassaient la tête et auxquelles je n'arrivais pas répondre. Tout s'est éclairci un samedi et j'ai crié comme Archimède, « eureka, eureka ! »

Le samedi à Port-au-Prince, j'aimais me rendre à Pétion Ville pour faire mes courses et m'acheter des livres ou des magazines à la librairie Astérix. Un jour, en sortant de la librairie, une fille qui achetait des fruits non loin de ma voiture a retenu mon attention.Elle était le portrait typique de ce que nous appelons kokorat.J'ai ouvert la portière de ma voiture et me suis assise derrière le volant sans la quitter des yeux.Elle était de taille moyenne et devrait faire 1m 60.Ces cheveux courts étaient coiffés en arrière et retenus par des pinces de couleur noir et un élastique rouge.Elle n'était ni mince ni maigre et portait une paire de jeans qui épousait ses courbes parfaites et ne laissait rien a l'imagination.Ses fesses étaient bien redondantes et n'avaient rien à envier à Beyonce.Sa camisole rouge moulante laissait entrevoir la naissance de petits seins très fermes et un ventre un peu arrondi. A voir la différence qui existait entre la couleur de son cou et celle de son visage, il était évident qu'elle utilisait un produit éclaircissant.Son visage démaquillé affichait des traits bien définis.Franchement, elle n'était pas d'une grande beauté mais elle était loin d'être vilaine.

Cette fille qui se tenait devant la marchande de fruit devait avoir environ 24 ans.A mon avis, elle était beaucoup plus jolie que nombre de mes connaissances.Rien qu'à la voir, j'ai su que nous n'étions pas de la même classe sociale. Il lui manquait l'éducation, la formation, et un je-ne-sais-quoi que seul les Haïtiens du terroir peuvent discerner.Soudainement, j'étais envahie par une vague de questions. Pourquoiai-je ce sentiment de supériorité vis-à-vis d'elle? Pourquoi ai-je tant d'atouts en main et elle si peu? Pourquoi la société haïtienne m'a-t-elle appris à mépriser les pauvres et les faibles? Pourquoi les femmes à la peau d'ébène sont souvent perçues comme inférieures a la mulâtresse, grimelle, et griffe dans un pays ou plus de 90% de la population est de couleur noire.Pourquoi à l'école, sans savoir pourquoi, les filles à peau claire et de parents aisés ont toujours été les favorites des professeurs et des religieuses qu'elles soient brillantes ou pas.Pourquoi ne qualifie-t-on jamais une mulâtresse de zonzon même si elle estpeu belle physiquement, dépourvue de bonnes manières et de goût vestimentaire ? Pourquoi ...? Pourquoi tant d'acharnement et de négativité à l'égard des enfants de 'Soyèt?'

J'ai découvert que la pauvreté est un sujet bien délicat et complexe. Beaucoup d'entre nous ont opté d'ignorer l'existence de cette réalité dans notre pays, car admettre qu'elle existe voudrait aussi dire que nous devrions chercher un remède a ce mal qui ronge Haïti.Par conséquent, nous choisissons la solution la plus facilecelle de condamner le pauvre au lieu de condamner le système qui le produit.Nous disons 'ah! Lise yon zonzon,' 'li se yon kokorat,' 'Li se yon malerez.'Pourtant, si nous voulons être francs, les étiquettes péjoratives et discriminatoires n'ont jamais aidé à résoudre les maux de notre pays.Au contraire, elles se transforment en cancers qui ensuite se métastasent à tous les niveaux de notre société.

Tout ceci n'est pas pour pointer du doigt la classe favorisée et les gens à peau claire d'Haïti.Qu'on soit riche ou pauvre, brun ou mulâtre nous sommes tous des Haïtiens. Si nous voulons reconstruire Haïti, nous devons crever les abcès qui rongent notre pays et nous débarrasser de nos mentalités erronées.Il est temps de nous dépouiller des complexes de supériorité et du snobisme qui nous empêchent d'avancer et de tendre la main a ceux qui ont tant besoin de nous.Il est tant que nous comprenions que faire partie de la classe favorisée en Haïti est une exception et non pas une généralité.Vous et moi qui avions eu la chance de recevoir une éducation scolaire et universitaire solide et d'évoluer dans un milieu social propice à l'épanouissement et le développement individuel avons un devoir envers ceux qui n'ont pas eu ces privilèges. Celui de les relever et non de les rabaisser; de les aider et non pas de les mépriser.

Dans un pays où l'état est en dérive, où il n'y a aucun système de bien être social, où le chômage fait ravage, comment ose-t-on? Et comment osais-je traiter nos femmes et nos filles de la classe défavorisée de zonzon, korarat, et grizon.C'est vrai qu'elles ne répondent pas aux critères de beauté Européenne, c'est vrai qu'elles ne maitrisent pas la langue de Voltaire; c'est encore vrai qu'elles ne connaissent pas les règles de bienséance.Mais est-ce vraiment leur faute? Devrions-nous augmenter leurs misères en les stigmatisant et les marginaliser encore plus? La pauvrete n'était-elle pas déjà une lourde croix à porter? De plus, depuis quand les Européens avaient l'exclusivité en matière de beauté? Nous sommes un peuple dont la culture est aussi Française qu'Africaine.De ce fait, mépriser ce qui est de l'Afrique serait aussi mépriser qui nous sommes, car il n'y aurait pas d'Haïtiens (comme nous les connaissons aujourd'hui) sans la Traite des Noirs.Cette hybridité qui fait partie de notre identité de peuple est une force culturelle qui demande à être exploitée et une richesse à protéger.

Il m'a fallu des étrangers blancs pour apprécier la beauté des différentes femmes de mon pays.Par moment, mes préjuges voudraient reprendre le dessus et altérer ma vision, mais je les domine par les forces de la connaissance.Aujourd'hui nous sommes à un tournant de notre vie de peuple où, pour vivre et développer notre pays, nous devons éradiquer les cancers qui rongent notre société. Alors, embrassons la diversité de notre culture, embrassons la diversité démographique de notre pays, embrassons l'Haïtien!
 

nother disaster in Haiti: we name the guilty parties - Haiti Support Group press release, 21 September 2004

So far the total number of fatalities caused by the recent heavy rains and flash-floods in north-west Haiti stands at around 600, but the final tally is sure to be far higher.

This is the second major disaster this year, in addition to numerous other deadly but less well-reported floods. The news is terrible, but it is not enough to wring our hands and say 'poor Haiti'. Nor is it sufficient to call on the international community to provide more and better humanitarian relief. We must look at the reasons why Haiti is prone to these catastrophes.

Both the flash-floods in the south-east in May, and now these in the north-west, are a direct consequence of the over-farming and deforestation of the country's hills and mountainsides. When heavy rain falls, the water cannot be absorbed, and instead cascades down valleys and ravines, sweeping away anything and anybody it its path.

The problems of soil-erosion and deforestation are well-known, and so is the only possible remedy - land reform. Yet over the course of almost three decades, during which the country's economic policy has been dictated by international financal institutions, such as the World Bank, the IMF and the Inter-American Development Bank, not only has land reform never appeared on their agenda, but no national government that has proposed it has received any encouragement to carry it out.

Instead, successive governments have been obliged to carry out neo-liberal economic policies which give no priority to the countryside whatsoever, even though some two-thirds of the population live there.

Billions and billions of dollars in international aid has been lent to Haitian governments, but the focus has remained on governance, security, elections and support for the private sector. Next to nothing has been done to support the agricultural sector - no land reform, no subsidies for fertilisers or storage facilities, no subsidised credit, no reforestation campaign, no irrigation projects, no protection from cheaper imports, etc. etc.

Is it any wonder that Haiti's peasant farmers overwork their small plots, and cut down trees to raise cash from charcoal production?

Even now, after neo-liberal economic policies in Haiti have been shown to have failed over and over again, the current government - with the support of the international finance institutions and the European Commission - is continuing to ignore the needs of the rural population. At the international donors' conference in Washington DC. in July, yet again the focus was on support for the urban private sector. Local industrialists - the government's main source of domestic support - are pushing ahead with their plans to build more and more sweatshop assembly plants.

Indeed, the attitude of the current interim government was summed up when, shortly after the May 2004 flood disaster, Prime Minister Gerard Latortue said perhaps the solution would be to employ former soldiers to shoot peasants found cutting down trees.

By, once more, doing everything to preserve the dominance of the country's immensely rich elite, and nothing to support the poverty-stricken peasantry, the international community is complicit in the loss of life and misery caused by this, and the inevitable future, natural disasters in Haiti.

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Chronique impressionniste d’un journaliste québécois à Port-au-Prince

LA PRESSE (Montréal)

Le samedi 01 mars 2008

Patrick Lagacé

La Presse

Patrick Lagacé revient d'un séjour de six jours en Haïti. Trop court pour en faire un expert, mais assez long pour constater que ce pays, l'un des plus pauvres au monde, est un «tragique milk-shake de cercles vicieux.» Il nous livre ici la première de trois chroniques, faites de surprises, bonnes et mauvaises.

Ce n'est pas la pauvreté qui m'a frappé, à Port-au-Prince. La pauvreté, je m'y attendais. La pauvreté est à Haïti ce que le Cirque du Soleil est à Las Vegas. Non, ce qui m'a d'abord frappé, c'est la richesse.

Je m'attendais aux pauvres, aux mendiants, au délabrement général.

Mais pas à voir une Porsche Cayenne, un bazou de 100 000$.

Ni tant de Mercedes et de BMW, dois-je ajouter.

Il y a des riches en Haïti. Il faut dire que pour être riche, il ne faut pas trop, trop de fric, dans ce pays. Mais disons que les riches ne se gênent pas pour montrer qu'ils vivent bien. Dans un des pays les plus pauvres au monde, le plus pauvre des Amériques, ça décoiffe...

Je suis naïf, au fond. Y a des riches partout...

L'autre truc qui frappe, c'est le bruit. Port-au-Prince caquète, s'engueule, chante, crie. Et klaxonne, surtout. Les automobilistes (des kamikazes du volant) klaxonnent pour se frayer un chemin, pour annoncer qu'ils ne ralentissent pas au carrefour, pour remercier ceux qui cèdent la voie. Klaxonner, c'est une obligation prescrite par la Constitution, je crois.

Rayon bruit, il y a aussi les ronronnements. Mais non, pas celui des chats. Celui des génératrices. Pas de génératrice, pas d'électricité. Fuck Kyoto. Port-au-Prince n'est pas une ville verte, mettons. Si Jean Lemire y fait escale, il va s'ouvrir les veines, je le crains...

J'ai passé six jours à Port-au-Prince, la semaine passée, en reportage pour Les Francs-Tireurs. J'en ramène trois carnets de voyage pour La Presse, trois chroniques d'un gars qui voyage pour la première fois dans le tiers-monde. Tiens, quelques flashs...

 

LA SURVIE Les Port-au-Princiens sont des experts de la survie. Le job de tout le monde, c'est de survivre. Je parle de la moyenne des ours, bien sûr. Vendre une vieille paire de jeans (ou des cartes de cellulaires, ou de vieilles bouteilles de Coke remplies de jus, ou de la gomme) et, avec les 75 gourdes qu'ils en tireront, s'acheter à bouffer: 80% des neuf millions d'Haïtiens vivent avec moins de 2$US par jour. Pour le reste, il y a deux milliards que la diaspora injecte dans le pays.

LA DIGNITÉ Ça, c'est le plus stupéfiant. La dignité, étincelante: ils sont propres. Encore là, je parle de la moyenne des ours. Ils sont pauvres, mais leurs vêtements sont propres, propres, propres. On ne lésine pas sur l'eau de Javel. Chemise pressée, impeccablement coincée dans le pantalon. Comment ils font? Je ne sais pas.

LA BEAUTÉ C'est fou comme les Port-au-Princiennes sont belles. Nous étions cinq gars dans l'équipe et nous avions le souffle coupé à chaque coin de rue. Elles sont d'une coquetterie émouvante: coiffées, maquillées, robes colorées, manucurées. Pas surprenant qu'il y ait de minuscules salons de beauté partout. La pauvreté, même abjecte, n'est pas un obstacle à la séduction.

L'ÉQUILIBRE Les gens transportent toutes sortes de trucs sur leur tête. Des boîtes remplies de bouteilles de jus. Des sacs remplis de petites poches d'eau. Le plus surréaliste? Une vieille dame déambulait avec un gros panier, sur la tête. Dans le panier, des poules. Vivantes!

L'ONU La présence des représentants de l'ONU ne passe pas inaperçue. D'abord, il y a leurs 4X4 blancs, marqués de deux lettres noires: UN. Ils roulent en fou, comme tout le monde. Puis, il y a les jeeps et les véhicules blindés dans lesquels on voit des Casques bleus en armes. Ils appuient la flicaille haïtienne. Un facteur qui explique la baisse du banditisme qui a secoué le pays ces dernières années, dit-on.

L'ONU CHEAP Sous l'éclat d'un lampadaire, discussion avec trois prostituées. Elles ont 19 ans, «19 ans US», c'est-à-dire que c'est probablement 17. Même complainte que toutes les filles de joie du monde: métier difficile, je ferais quelque chose d'autre si je pouvais, tu ne sais jamais sur qui tu vas tomber. Avez-vous des clients parmi la tribu onusienne qui campe en ville, mesdemoiselles? Oui, disent-elles. «Ils ne veulent pas payer. Ils veulent nous échanger un souper contre une baise», fait l'une d'elle.

LE CHAOS Disons-le comme ça sort: rien ne marche à Port-au-Prince. L'État n'existe pour ainsi dire pas dans la vie quotidienne. Pas d'eau courante (il y a de l'eau roulante, de l'eau purifiée livrée par camion). Il y a de l'électricité, quelques heures par jour (la génératrice prend le relais). Il y a plus de flicaille que de flics. Pas de cadastre! On se bâtit où on peut, où on veut. À peu près pas de collecte de vidanges (on les brûle).

 

Six jours à Port-au-Prince, donc. Je sais que les Haïtiens de Montréal vont me dire que je n'y connais rien. Ils me l'ont dit, sur mon blogue, quand j'y écrivais des cartes postales, la semaine passée. Je ne suis pas un expert d'Haïti, comme je vous dis, je vous ponds présentement un carnet de voyage, sans plus.

Il y a un truc qui frappe, lentement, à force de se frotter à Haïti. Un truc encore plus désespérant que la pauvreté, que le dénuement.

Ce pays est cassé.

Et je ne sais pas trop si ça se répare, un pays.

Enfin, oui. Ça se répare. On a réparé l'Allemagne, le Japon. La Chine se répare assez bien, merci. Mais un pays comme Haïti? Un pays où rien ne marche? Où il n'y a rien?

Il y a trop de cercles vicieux, au fond, ici. Tiens, juste un: il faut éduquer les Haïtiens. Tout le monde le sait: pour qu'un pays avance, le peuple doit pouvoir apprendre.

Mais pour créer un système d'éducation, il faut une fonction publique compétente qui crée, entre autres, un système scolaire efficace.

Mais comment avoir une fonction publique compétente quand tes écoles tombent en ruine, quand les citoyens n'ont pas les moyens d'y aller bien, bien longtemps?

Vous voyez?

Je reviens d'Haïti. Je n'y suis pas resté bien longtemps. Juste assez pour voir que ce pays, c'est pas un pays, c'est un milk-shake de cercles vicieux. Un tragique milk-shake de cercles vicieux.



 

Une bourgeoisie déracinée !
Par Jean Erich René, Feb. 20, 2008 | Source: e-mail

Il est définitivement admis que le développement économique est l’œuvre d’une élite. Qu’il s’agisse du Canada et des USA c’est l’élite coloniale qui a enclenché le développement économique. L’Angleterre a connu le développement grâce à une élite aristocratique. La révolution bourgeoise a libéré la France. Dans les pays socialistes la responsabilité incombe à
l’élite intellectuelle. En Haïti, la volonté d’aboutir au développement économique ne se manifeste pas encore. L’indifférence et le laxisme de la bourgeoisie haïtienne constituent des handicaps majeurs à notre croissance économique. Nous avons la grande surprise de constater en sondant notre histoire de peuple que la bourgeoisie haïtienne n’est ni nationale ni nationaliste. Cette remarque n’est pas anodine. Elle explique les principaux facteurs du rabougrissement de l’économie haïtienne. Oyez !

La société haïtienne est issue de la guerre d’indépendance menée vaillamment par les esclaves et les affranchis. D’un côté on retrouve les mulâtres et les grands propriétaires terriens qui monopolisent toutes les richesses du pays et qui constituent la trame de la bourgeoisie haïtienne. De l’autre côté, les masses noires qui représentent les 4/5 de la
population ont la portion congrue. Au fil des ans le profil de la société haïtienne s’est modelé avec l’arrivée des immigrants d’origine libanaise, syrienne, allemande, italienne etc..Ils arrivent toujours avec les mains vides trainant leurs étals de galerie en galerie. En un temps record ils maitrisent le secteur commercial et industriel et s’intègrent rapidement dans la classe bourgeoise traditionnelle sans aucun lien avec le monde rural. D’ailleurs leurs noms indiquent clairement leurs origines étrangères et leurs comportements trahissent toute volonté d’aboutir à un développement
économique national. Ils se contentent des profits réalisés sur la vente de leurs marchandises dont le prix de vente dépasse 2 ou 3 fois le prix CIF. Ainsi nous pouvons saisir tout le secret de leurs réussites faciles.

Comme industriel ils se contentent de se lancer dans la sous-traitance. Ils prennent des contrats ou des sous-contrats des multinationales. Ils font crever nos ouvriers pour un salaire tuberculeux qui est 4 à 5 fois inférieur au salaire prévu dans le compte d’exploitation. Le cri de détresse récemment de l’ambassadeur James Foley qui réclame 20 dollars par jour au lieu de 4 pour nos ouvriers est vraiment édifiant. Les industriels haïtiens ne mettent pas à profit nos dotations en facteurs de production afin d’assurer la croissance économique du pays par le biais de la production nationale. Ils se contentent seulement de leurs marges bénéficiaires tirés surtout de l’exploitation éhontée de nos forces de travail. L’État haïtien n’a pas arrêté les mesures nécessaires pour protéger nos ouvriers livrés à eux-mêmes. S’il n’y a pas de
distributions de salaires capables d’assumer la consommation avec des retombées positives sur la demande globale, l’économie nationale nécessairement en pâtit.

Le mal serait moindre si les membres de cette bourgeoisie auraient pensé à épargner pour financer l’investissement du développement économique national. La croissance économique d’Haïti n’est pas inscrite dans leur agenda. Ils transfèrent leurs profits réalisés sur le marché haïtien vers leurs pays d’origine ou dans les banques étrangères privant ainsi le pays du Capital nécessaire à son développement économique. Il ne serait pas étonnant de vous apprendre que nos sous financent les conflits israélo-palestiniens. Il n’existe aucun contrôle sérieux de transfert de fonds en Haïti. Les fluctuations du marché monétaire haïtien sont soumises aux caprices de l’offre et de la demande des commerçants et des industriels haïtiens selon les besoins de leurs négoces. Ils maitrisent très bien les avenues de la politique haïtienne. Ils savent comment dociliser le pouvoir politique et l’orienter dans le sens de leurs intérêts. La méthodologie employée depuis deux siècles et qui leur a valu leurs richesses est simple. Ils accordent gratuitement des actions aux autorités en place tout en leur versant régulièrement leurs dividendes. C’est ainsi qu’un Général tout puissant était devenu le copropriétaire d’un ciné de la Capitale. A sa mort son fils a essuyé la lamentable déception de se faire éconduire en réclamant l’héritage de son père. A chaque nouveau gouvernement, les nouvelles autorités reçoivent leurs nouvelles parts sociales. Ainsi s’en va la république,

L’appât pour attirer les autorités politiques dans leur camp est aussi sexuel. Connaissant l’appétit des soi-disant noiristes pour les mulâtresses, on leur délègue de façon intelligente une grimelle même de qualité inférieure. Presque tous nos chefs d’État ont mordu à l’hameçon. Il n’est pas étonnant de rencontrer au Palais la fille d’un grand industriel comme la secrétaire du Président. Tandis que dans les rues le peuple toujours naïf réclame la tête de ce même industriel qu’il dénonce comme un exploiteur. La plupart de nos révolutionnaires aussi bien que leurs progénitures éprouvent une légitime fierté à se frotter à cette bourgeoisie qui en profite de son côté pour augmenter son capital. Comme l’orchestre
du Palais national elle salue avec le même enchantement tous les gouvernements sans jamais prendre part visiblement à aucun d’entre eux. Les 184 noms de familles qui ont bénéficié des largesses de Magloire, Duvalier pères et fils ont cheminé lavalassement. Maintenant ils se placent en première loge à côté de Cotubanama pour canaliser les 1,85 milliards de l'aide.

Nous n’aurions aucun grief contre cette bourgeoisie locale non nationale si elle manifestait des velléités nationalistes. Non seulement elle n’a aucune racine nationale, elle refuse de s’intégrer dans le milieu. Elle pratique l’endogamie. Leurs mariages se font à l'intérieur du même groupe social. Leurs richesses restent dans un cercle très restreint. 184 familles
étrangères maitrisent hermétiquement l’économie nationale. Elles n’éprouvent aucun besoin en dehors de la capitale et spécifiquement dans le périmètre de Pétion Ville, de Laboule , Pèlerin etc... Leur plus long déplacement s’arrête à l’aéroport pour prendre l’avion et s’envoler vers leurs pays d’origine. Quel est leur apport réel au développement du pays
après deux cents ans ? Sans vouloir tirer la sonnette d’alarme réfléchissons ensemble sur les initiatives louables qu’ils auraient pu entreprendre pour contribuer au développement économique de la nation de 1804 à nos jours.

Combien d’écoles ont il construit pour augmenter nos possibilités techniques? Zéro

Combien d’hôpitaux ont-ils bâti pour soulager les maux de leurs ouvriers et des consommateurs sur le dos desquels ils ont amassé toutes leurs richesses? Zéro

Combien de maisons ont-il construit pour lancer l’industrie de la construction et faire baisser le coup du loyer? Zéro.

Combien de Centres de Recherche ont-ils financé ? Zéro

Sont-ils touchés par les conditions de vie dans les habitats des bidonvilles? Quelles sont les actions entreprises pour améliorer leur sort? Zéro

Combien de banques de crédit ont-ils construit pour encourager la production agricole, la base de l’économie haïtienne? Zéro

Combien de Cités universitaires et de bibliothèques ont-ils dressé pour empêcher à la jeunesse haïtienne de traverser la frontière afin de s’instruire à St Domingue? Zéro

Dans tous les pays du monde de telles entreprises demeurent l’œuvre des nantis économiques. En Europe et en Amérique du nord et même en République dominicaine la bourgeoisie arrive à vaincre le féodalisme. En Haïti cette bourgeoisie qui n’est ni nationale ni nationaliste à toutes les périodes de notre histoire s’apprêtent toujours à exploiter la masse sans rien lui offrir en retour. Ce sont les 184 noms de famille qui ont les mêmes magasins dans les mêmes positions. Ils pratiquent toujours la même politique en vendant les mêmes articles. Ils se succèdent de père en fils dans le même système de corruption, de trahison et de coups bas. Ils refusent de payer les impôts et s’associent aux publicains pour contourner
le fisc. L'État haïtien se trouve souvent en difficulté pour faire face à ses obligations par rapport au corps social. Avec quoi bâtir le budget et réduire les inégalités sociales. Ils préfèrent financer les coups d’état au lieu de répondre à leurs redevances fiscales.

Pendant deux cents ans 184 Familles étrangères maintiennent l’économie nationale en otage. A maintes reprises pour maintenir le statu quo et contrarier tout nouveau contrat social qui pose comme préalable indispensable le changement économique, ils préfèrent l’occupation du pays. A ce compte lisons les témoignages de Suzy Castor in “ Occupation
américaine d’Haïti” p.77 “Cependant, les commerçants arabes et italiens installés dans le pays à la fin du siècle passé considérés par les américains comme des Haïtiens, appuyèrent l’occupation de façon active et effective. Ses membres souvent naturalisés américains jouissaient de tous les privilèges des conquérants. Les noms des Kouri, Sada, Loukas, Boulos, Bigio etc... se retrouvent dans plusieurs rapports officiels qui prouvent bien l’appui de ce secteur commercial à l’intervention” Suzy Castor, dixit.

On peut aisément compléter la liste des 184 familles étrangères qui maitrisent l’économie nationale en lisant les enseignes des magasins de la Grand-rue et du bord de mer de Port-au-Prince. Une telle bourgeoisie n’a aucune racine et méprise royalement le développement économique national. Elle ne compte aucun cousin , aucune cousine dans nos communautés rurales comment se serait-elle donc intéressée à l’équipement de nos collectivités territoriales et aux infrastructures routières nationales. Nos registres d'état civil ne mentionnent pas leurs noms. Cette bourgeoisie déracinée n’a
que faire des masses de l’arrière pays et bloque le développement économique national par leur mainmise deux fois séculaire sur nos ressources financières

Il existe une étroite corrélation entre la pensée qui est culturelle et l’action orientée vers le développement économique. Même avec des centaines de milliards de dollars le développement économique d’Haïti est impossible puisque la volonté génératrice de projets d’avancement économique et social n’est pas au rendez-vous. La culture préside à la
réalisation de tout projet dont le fondement est avant tout historique.

L’enracinement des acteurs qui partagent un destin commun les porte à développer un sentiment d’appartenance à une communauté. La fibre patriotique qui fait vibrer le cœur de tout Haïtien natif-natal a comme source de référence l’identité collective. L’élaboration et l’avancement d’un programme de développement économique pour Haïti exigent un minimum de cohérence de la pensée. La discontinuité caractéristique de tous les projets de développement entrepris en Haïti s’explique par le hiatus observé entre la pensée, le projet et l’identité culturelle des acteurs. Le développement économique a une fondation historique. Poser l’équation du développement économique d’Haïti sans soulever le voile sur cette bourgeoisie déracinée serait une preuve d’infantilisme intellectuel.

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No amount of aid can solve Haiti's problems

In Washington this week, international donors pledged a little over $1 billion to the rebuilding of Haiti over the next two years. But Haiti's people, two-thirds of whom struggle to live on less than $1 a day, have little reason to believe that this will do any more good than the $2.6 billion donated after the last intervention in Haiti a decade ago.

The world has never shown much appetite for tackling Haiti's fundamental problems: stunted political and economic development. Other nations act only when crises threaten to unleash waves of unwanted refugees. Then they typically content themselves with writing checks and changing a few faces at the top. This time, Washington, which encouraged the violent overthrow of President Jean-Bertrand Aristide in February, has a special responsibility to see through a far-reaching rebuilding effort.

In its 200 years of independence, Haiti has been one of the Western Hemisphere's worst-governed countries, and one of its least-governed. A parade of dictatorial presidents has enforced one-man rule through private armies of thugs. National institutions like the legislature, the courts and the military have been corrupted, co-opted or neutered.

Honest, independent, locally run institutions must be built from the ground up. Politically uncompromised judges should be trained to try the political prisoners, both pro- and anti-Aristide, now sitting in Haiti's jails. The drug smugglers who have corrupted politicians and police officers must be put out of business. Professional, uncorrupted police forces have to be established, both locally and nationally. Clean water must be made accessible to the roughly one-half of the population that now lacks it, and education brought to the illiterate majority. Deforested slopes, prone to catastrophic flooding, have to be replanted and better roads built so farmers and small businesses can get goods to market.

No amount of aid can solve Haiti's problems unless the appointed interim government of technocrats, led by Prime Minister Gérard Latortue, does its part competently and fairly, seeing to it that the impoverished slum dwellers who followed Mr. Aristide are not again ignored. Until the latest rebuilding effort demonstrates a will to take on these challenges, Haiti's poor are entitled to remain skeptic